Premier opéra d’Handel créé à Londres en 1711, Rinaldo reçut un accueil très favorable notamment grâce à sa mise en scène qui a ébloui les spectateurs de l’époque avec des machineries complexes et même un lâcher d’oiseaux lors de l’air d’Almirena « Augelletti, che cantate »… Le Festival de Glyndebourne reprend la production de Robert Carsen créée in loco en 2011 avec une distribution de jeunes chanteurs simplement éblouissante. Par leur talent, leur énergie, leur jeunesse, ils ont fait de cette reprise qui aurait pu être routinière un moment jubilatoire et un vrai rendez – vous lyrique immanquable de cet été 2019.

 © Robbie Jack

Tous les rôles furent chantés avec une extrême finesse, à commencer par l’Almirena irrésistible de Giulia Semenzato, adorable dans l’air « Augelletti, che cantate », bouleversante dans le « hit » de l’opéra, « Lascia ch’io pianga ». La soprano a séduit le public par son timbre rond et son legato. L’autre bonne surprise de la soirée fut l’Argante de Brandon Cedel : le baryton – basse possède une voix chaude et puissante faisant merveille dans son terrible air d’entrée « Sibilar gli angui d’Aletto » mais le chanteur a aussi su faire preuve d’une grande douceur comme lors du magnifique air « Vieni, o cara ».

 © Robbie Jack

A seulement 28 ans, le contre – ténor polonais Jakub Józef Orliński faisait ses débuts au prestigieux festival de Glyndebourne en chantant le rôle – titre. Initialement prévu dans le rôle d’Eustazio, il a remplacé à la dernière minute la mezzo – soprano Elizabeth DeShong. Ce remplacement a insufflé un vent de fraîcheur et de jeunesse à cette production que l’on connaît par cœur. Jakub Józef Orliński par sa spontanéité, par son aisance scénique ( il est également danseur et ça se voit ) rend totalement crédible le personnage voulu par Carsen. Jakub Józef Orliński possède en lui cette juvénilité, que ce soit physiquement ou vocalement. On est saisi par son art des nuances, son bas médium étoffé, sa capacité à alterner des piani célestes avec des vocalises impressionnantes, l’homogénéité de sa voix dans tous les registres et sa diction parfaite. Le contre – ténor possède l’art de subjuguer son auditoire par un parfait mélange de théâtralité et de sobriété : il fait preuve de ce que Castiglione a nommé la sprezzatura, mot italien intraduisible qui désigne une forme d’aisance, de nonchalance gracieuse. Son Rinaldo séduit par la finesse et la sérénité qui se dégagent de son chant, en particulier lors de l’air « Cara sposa ».

 © Robbie Jack

Kristina Mkhitaryan campait une Armida d’une incroyable sensualité avec son timbre corsé qui apporte beaucoup de couleurs à son chant. Irradiante de beauté, elle apparaît au sommet de son art. Son impressionnante virtuosité, la grandeur de ses moyens, sa puissance vocale ont fait des airs « Furie terribili » et « Vo’far guerra » des sommets de la représentation. Mais sa voix sait aussi être d’une douceur irrésistible, en particulier lors de l’air « Ah ! Crudel ! » : la chanteuse possède des talents de tragédienne qui font merveille dans le répertoire baroque, on a hâte d’entendre sa première Alcina à l’Opéra de Nancy et à l’Opéra de Dijon.

 © Robbie Jack

Tim Mead a apporté beaucoup de profondeur au personnage de Goffredo, si bien qu’on aurait aimé qu’il eût encore plus d’airs à chanter. Tim Mead possède une voix de contre – ténor absolument unique, à la fois sensuelle et céleste, avec son timbre de velours qui nous étreint avec douceur. Tout chez lui appelle des louanges : que se soit ses aigus lumineux, son aisance dans les vocalises, son engagement dramatique total. Il se dégage de son chant une élégance royale, une suavité bouleversante, une sérénité qui apaise l’âme. L’entendre chanter nous rappelle pourquoi on va à l’opéra : pour être en contact avec la Beauté et le sacré, pour donner un sens à notre existence. Tim Mead fait partie de ces rares êtres touchés par la grâce : il nous permet d’atteindre le Sublime.

© Andy Staples

Qui d’autre que Tim Mead pour chanter Handel aujourd’hui ? Sa voix divine semble être née pour interpréter les grands rôles handeliens : son Bertarido à l’Opéra de Lille a été la plus belle incarnation que nous avons entendue pendant la saison 2018 – 2019. Tim Mead interprète Handel avec une finesse et une sensibilité que nous ne retrouvons chez aucun autre interprète. A toutes ces qualités, il faut rajouter une très belle présence physique : Tim Mead ressemble à un chevalier peint par John William Waterhouse.

 © Robbie Jack

Le jeune chef russe Maxim Emelyanychev dirigeait l’Orchestra of the Age of Enlightenment. Véritable chef prodige, il insuffle une énergie incroyable aux musiciens, le tempo est fougueux, soulignant tous les contrastes de la partition, et la théâtralité bien présente dans l’orchestre. Le résultat est tout simplement éblouissant.

 © Robbie Jack

Nous ne nous attarderons pas sur la mise en scène bien connue de Robert Carsen. Créée en 2011 à Glyndebourne, elle a également fait l’objet d’un DVD. L’action est transposée dans une salle de classe britannique et Rinaldo, étudiant rejeté par ses camarades, se rêve en chevalier chrétien guerroyant contre les Sarrasins lors de la Première Croisade. Tout l’opéra est donc une rêverie de Rinaldo et ainsi, Armina devient une maîtresse SM ;les destriers des chevaliers, des vélos ; le magicien qui les aide au troisième acte, un prof de chimie fou et la bataille finale, un match de foot. La mise en scène crée des moments drôles, en particulier grâce à l’aisance scénique des chanteurs.

Représentation du 20 août

Prochaines représentations : les 23 et 25 août ( https://www.glyndebourne.com/events/rinaldo/)

Le coup de cœur du Philtre : l’album Purcell – songs & dances

Cet album est une pure merveille. Tim Mead y déploie une suavité irréelle, en particulier dans « O Solitude, my sweetest choice » qui nous transporte dans un autre monde. Un bijou de mélancolie et de pure beauté.

Romane Blondeau

Publié par Romane Blondeau

Passionnée d'opéra depuis que j'entendis pour la première fois le prélude de Tristan und Isolde, j'ai créé ce blog pour partager toutes les émotions que l'opéra me procure.

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