On attendait avec impatience cette Adriana Lecouvreur pour la distribution exceptionnelle qu’elle réunissait. Nous ne fûmes pas déçus : le MET nous a offert une soirée d’anthologie le 12 janvier. Le principal quatuor vocal, sous la baguette inspirée de Gianandrea Noseda, fut au sommet de son art.

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© Wiener Staatsoper / Michael Poehn

Idéale. Intense. Poignante. Les mots hyperboliques pour qualifier l’Adriana d’Anna Netrebko ne manquent pas. La soprano s’est transcendée pour nous offrir ce que nous considérons comme sa plus belle incarnation.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

L’opéra de Francesco Cilea, magnifique, est malheureusement trop peu joué de nos jours. La raison ? Il faut une vraie Diva pour se glisser dans la peau de cette comédienne mythique et une immense chanteuse pour interpréter ce rôle difficile, émotionnellement exigeant. Avec Anna Netrebko, l’une des plus grandes sopranos de notre époque, nous tenons là l’Adriana idéale. La soprano, en totale symbiose avec le rôle de la célèbre comédienne de la Comédie – Française, nous a offert une incarnation d’anthologie.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Cela fait maintenant une quinzaine d’années qu’Anna Netrebko fait les beaux jours de la scène lyrique. Elle est, sans nul doute, celle qui possède la plus belle voix du monde. Eblouissante à chacune de ses prises de rôle, elle ne nous a jamais déçus. Nous saluions il y a peu sa magnifique Aïda ( https://lephiltredisolde.com/2018/10/07/le-triomphe-de-deux-reines/ ). Mais avec Adriana Lecouvreur, la soprano ne nous a pas seulement impressionnés, elle nous a profondément émus, nous proposant une vraie incarnation.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

En la voyant déclamer les vers du fameux monologue de Phèdre, il ne fait aucun doute qu’Adriana est son rôle. Le rôle d’Adriana Lecouvreur est réellement idéale pour elle; il met en valeur toutes les qualités de sa voix : son timbre somptueux, ses aigus infinis, ses graves capiteux… Dès son entrée en scène, son charisme et sa présence scénique intense montrent que nous sommes en présence d’une actrice mythique.   Son « Io son l’umile ancella » n’est que pure beauté : timbre suave, souffle infini, aigus flottants qui semblent sans fin…

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Bouleversante dans les deux derniers actes, son « Poveri Fiori » est poignant : la soprano nous arrache des larmes. Anna Netrebko apparaît alors au sommet de son art : à sa voix magnifique, s’additionne un vrai talent de tragédienne que révèle ce rôle magnifique d’Adriana. Le monologue de Phèdre atteint une rare intensité, avec une Anna Netrebko complètement transcendée. Du grand art.

La soprano apparaissait profondément émue aux saluts et peinait à se remettre d’une telle incarnation, ce qui prouve à quel point elle a tout donné dans ce rôle.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Anita Rachvelishvili a, une nouvelle fois, brillé sur la scène du MET. Vocalement impressionnante, elle prête à la Princesse de Bouillon toute sa puissance vocale ravageuse. Son air « Acerba voluttà », chanté avec une telle assurance, dessine immédiatement le personnage de cette femme jalouse. Ses confrontations avec Anna Netrebko, dans lesquelles l’opulence de sa voix nous éblouit, sont spectaculaires.

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Nous retiendrons sa prestation intense au troisième acte : il faut la voir proférer « Restate » à Maurizio qui, dans le tumulte provoqué par la provocation d’Adriana adressant le monologue de Phèdre à l’infidèle Princesse, fait un mouvement vers la comédienne qu’il aime. Ces trois syllabes, dîtes avec une telle véhémence, sont glaçantes et montrent tout le talent d’actrice de la mezzo. Une Princesse de Bouillon volcanique.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Mais Anita Rachevlishvili sait aussi se montrer plus tendre et sensuelle pendant les duos avec Maurizio.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera
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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Ce dernier était interprété par le ténor polonais Piotr Beczala. Après avoir brillé dans le répertoire lyrique, le ténor s’attaque à un répertoire plus dramatique : il a chanté pour la première fois Don José l’année dernière et va effectuer sa prise de rôle en Cavaradossi au mois de février prochain à Vienne. Maurizio illustre ce virage. Piotr Beczala a effectué sa prise de rôle à Vienne l’année dernière déjà avec Anna Netrebko et dans la même mise en scène.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Son Maurizio s’avère totalement convaincant. Nous retrouvons les qualités habituelles du ténor ( un chant subtile orné d’aigus percutants ) particulièrement mises en valeur dans ce rôle. Son Maurizio est chanté avec une facilité déconcertante et une voix qui reste incroyablement jeune. Son chant stylisé en fait un Maurizio de tout premier ordre.

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© Wiener Staatsoper / Michael Poehn

Ses duos avec Anna Netrebko nous offrent de beaux moments. Sa voix s’accorde à merveille avec celle de la soprano. Après leur magnifique Iolanta, toujours au MET, en 2015 et plus récemment leur très beau Lohengrin à Dresde, leur belle complicité prouve encore une fois que lorsque ces deux grands artistes sont réunis, il ne faut pas les manquer.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera
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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Le reste de la distribution était également de haut vol, à commencer par l’émouvant Michonnet d’Ambrogio Maestri. Le baryton, qui est renommé pour ses emblématiques Falstaff et Dulcamara, trouve des accents déchirants au dernier acte. Plein de tendresse, ses scènes avec Anna Netrebko sont particulièrement réussies. Nous retiendrons également les très bons Prince de Bouillon de Maurizio Muraro et Abbé de Chazeuil de Carlo Bosi.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

La mise en scène de David McVicar est bien connue : elle a été créée en 2010 à Londres et est passée depuis à l’Opéra Bastille et à Vienne. Traditionnelle, elle est néanmoins de bonne facture, même si elle semble un peu datée. Le premier et dernier acte a pour décor les coulisses d’un théâtre : nous pouvons apercevoir l’envers de la scène. Le troisième acte montre un magnifique théâtre qui rappelle irrésistiblement celui de la Reine à Versailles, avec ses décors en carton-pâte.

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Théâtre de la Reine © RMN / Gérard Blot

Le très beau ballet du Jugement de Paris, réussi esthétiquement et chorégraphiquement se veut un hymne à l’époque baroque.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Si la direction d’acteurs s’avère convaincante ( il faut dire que le metteur en scène dispose de formidables chanteurs – acteurs ), les costumes et perruques apportent une certaine lourdeur esthétique regrettable. Une mise en scène qui ne contient pas de grandes idées mais qui fonctionne bien.

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@Ken Howard / Metropolitan Opera
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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Si tous ces magnifiques chanteurs nous ont offert une soirée d’anthologie, c’est en partie grâce à la direction du génial Gianandrea Noseda. Subtile, hautement dramatique, sa direction permet de révéler les trésors de la partition. On retiendra en particulier l’énergie que le chef impulse lors du troisième acte qui se conclue de manière saisissante. Sa direction sait également se montrer poétique et révélatrice d’infinis détails de la partition, comme lors de la mort d’Adriana. Un très grand chef que l’on rêverait de voir devenir directeur musical de l’Opéra de Paris…

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@Ken Howard / Metropolitan Opera

Les dernières notes de l’opéra résonnent, d’une limpidité bouleversante tandis que la divine Anna Netrebko chante ses derniers pianissimos et, un peu hagards, nous prenons conscience que nous avons assister à une soirée d’opéra qui restera dans les annales.

Mise en scène : David McVicar

Set Designer : Charles Edwards

Costume Designer : Brigitte Reiffenstuel

Lighting Designer : Adam Silverman

Choreographer : Andrew George

Associate Director : Justin Way

Direction musicale : Gianandrea Noseda

Adriana Lecouvreur : Anna Netrebko

La Prncesse de Bouillon : Anita Rachvelishvili

Maurizio : Piotr Beczala

Michonnet : Ambrogio Maestri

Le Prince de Bouillon : Maurizio Muraro

L’Abbé de Chazeuil : Carlo Bosi

Représentation du 12 janvier 2019

Publié par Romane Blondeau

Passionnée d'opéra depuis que j'entendis pour la première fois le prélude de Tristan und Isolde, j'ai créé ce blog pour partager toutes les émotions que l'opéra me procure.

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