Nouvelle série consacrée aux plus grandes mezzo – sopranos actuelles. Nous commençons avec la plus brillante : Anita Rachvelishvili.

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Photo : Dario Acosta

Sa puissance vocale torrentielle et sa capacité à nuancer son chant subjuguent son auditoire. Sa présence scénique ensorcelante et son approche fine des rôles qu’elle chante font de chacune de ses prestations un événement.

Un début de carrière triomphant :

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Photo: © Marco Brescia/Teatro alla Scala photo

Anita Rachvelishvili est un talent précoce. Elle est la plus jeune artiste à avoir fait l’ouverture de saison de La Scala ( à seulement 25 ans ! ) : c’était en 2009 et elle y faisait ses débuts en Carmen par la même occasion, aux côtés de Jonas Kaufmann et sous la direction de Daniel Barenboïm. Originellement, elle avait auditionné pour le rôle de Mercédès mais le chef d’orchestre, impressionné, l’a engagée en tant que doublure du rôle – titre. Mais la Carmen initialement prévue a annulé et ainsi, Anita Rachvelishvili a pris part à l’un des événements lyriques les plus prestigieux de la planète. Son interprétation électrisante de la bohémienne lui a ouvert les portes des plus grandes maisons d’opéra : c’est dans ce rôle qu’elle a fait ses débuts au Metropolitan Opera en 2011, au Bayerische Staatsoper de Munich, au Royal Opera House Covent Garden de Londres… A chaque fois, ce fut un succès. La jeune chanteuse a à peine commencé sa carrière qu’elle figure déjà parmi la liste restreinte des plus grands artistes lyriques. Quelques années plus tard, la mezzo est toujours au sommet et ne cesse d’impressionner à chacune de ses prestations. A l’occasion de sa première Princesse de Bouillon sur la scène du Met, nous revenons sur quatre rôles emblématiques d’Anita Rachvelishvili

Sa Carmen sensuelle

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(Melissa Renwick / Toronto Star)

Il semble y avoir une grande symbiose entre Anita Rachvelishvili et Carmen. Si la jeune mezzo est une grande Carmen, c’est parce qu’elle ne tombe jamais dans la vulgarité. Elle parvient à parer l’habanera, pourtant un grand tube du répertoire lyrique, d’une part de mystère.  Chantant avec une immense sensualité, elle nous ensorcelle dans « Près des remparts ».

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Avec Roberto Alagna au MET. Photo : Ken Howard / Metropolitan Opera

On aura rarement vu et entendu une interprète montrant une compréhension aussi fine du personnage. Son chant plein de couleurs, les infinies nuances dont il est paré, tout concourt à rendre sa Carmen fascinante.

Anita chantera Carmen à l’Opera de Paris à partir du 11 avril : https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/carmen

Son Azucena bouleversante

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Photo : Karen Almond/Metropolitan Opera

En écoutant son Azucena, on comprend que Verdi ait envisagé de rebaptiser son opéra La Gitana. Jamais nous n’avions entendu une Azucena aussi sensible. La mezzo, hallucinée, nous livre une incarnation historique du rôle. Respectant la partition écrite par Verdi, elle orne son chant de nuances bouleversantes. Son « Stride la vampa » et son « Ai nostri monti » est chanté avec un tel engagement scénique que l’on ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Si Carmen l’avait révélée en tant que grande chanteuse, Azucena est le rôle qui la fait rentrer dans le club fermé des interprètes lyriques mythiques.

Sa Dalila subjuguante

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Photoshoot by Clizia Corti

Comment résister à une telle Dalila ? Sa voix est telle qu’une caresse. Rarement on aura entendu une Dalila aussi douce lors de son entrée en scène : Anita Rachvelishvili chante « Printemps qui commence » comme si elle le susurrait à l’oreille de son amant. De même, « Mon cœur s’ouvre à ta voix » est un chant ensorcelant par la douceur avec laquelle il est chanté par la mezzo. Mais sa Dalila sait se montrer véhémente notamment lors de la scène avec le grand – prêtre : Anita Rachvelishvili dévoile alors toute sa puissance vocale et nous laisse sans voix. Une Dalila singulière, qui nous subjugue.

Anita reprendra le rôle de Dalila au MET à partir du 13 mars : https://www.metopera.org/Season/2018-19-season/samson-et-dalila/

Son Amnéris grandiose

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Marty Sohl/Met Opera

Sublime du début à la fin de l’opéra, sans aucune baisse de tension, elle propose une interprétation complexe du rôle de la fille du pharaon. Cette Amneris incroyablement jeune se fait tour à tour sensuelle, jalouse, orgueilleuse et repentante. Anita Rachvelishvili possède une voix puissante idéale dans les excès de colère d’Amneris mais aussi des graves d’une immense sensualité. Mais ce qui rend sa prestation d’autant plus exceptionnelle est sa capacité à nuancer son chant, avec des aigus d’une impressionnante clarté. Elle atteint le sublime au début du deuxième acte. Elle apporte beaucoup de sensualité et de douceur à ce personnage de femme puissante, ce qui rend sa prestation, encore une fois, fascinante. Il est impossible de trouver une Amnéris actuelle plus convaincante…

Anita Rachvelishvili reprendra Amnéris au MET dans une nouvelle mise en scène de Michael Meyer dans les saisons futures.

Et de futures prises de rôle réjouissantes…

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Photoshoot for Georgia To See magazine  by Gregory Regini

Anita Rachvelishvili étant la plus grande mezzo verdienne actuelle, on attend avec impatience sa première Eboli qui devrait bientôt arriver. On imagine également quelle Didon ( Les Troyens ) et quelle Charlotte bouleversantes elle ferait. On peut en avoir une idée en écoutant son premier album, Anita, sorti en 2018. Album magnifique dans lequel on peut l’entendre chanter ses rôles emblématiques comme Carmen ou Dalila mais aussi ses futures prises de rôle ( Eboli, Charlotte… ).

Anita Rachvelishvili chante dans Adriana Lecouvreur du 31 décembre au 26 janvier au MET : https://www.metopera.org/season/2018-19-season/Adriana-Lecouvreur/.

 

 

 

 

Publié par Romane Blondeau

Passionnée d'opéra depuis que j'entendis pour la première fois le prélude de Tristan und Isolde, j'ai créé ce blog pour partager toutes les émotions que l'opéra me procure.

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