Le samedi 27 janvier 2018, le Met diffusait dans les cinémas du monde entier la nouvelle production de Tosca de David McVicar.

Une mise en scène traditionnelle mais convaincante grâce à une  direction d’acteurs travaillée

La mise en scène de David McVicar est traditionnelle mais somptueuse, elle correspond en cela au cahier des charges que lui avait imposé Peter Gelb, le directeur du Met, pour succéder à la production de Luc Bondy qui avait été accueillie par les huées du public new-yorkais ( “I’ve learned my lesson,” a – t-il dit “When it comes to a classic piece of repertoire, beauty counts — and that’s what the audience wants.). Il s’agit donc d’un retour à un certain classicisme et à Zeffirelli, certes, mais ce n’est pas pour autant que la mise en scène se révèle ennuyeuse. Au contraire, elle convainc par la somptuosité des décors et une direction d’acteurs précise et particulièrement réussie.

Les décors respectent scrupuleusement le livret, nous nous trouvons bien à Rome en 1800. Ainsi, le premier acte se déroule dans la superbe église baroque Sant’Andrea della Valle. Ce décor frappe par son aspect monumental, il ne paraît à aucun moment en carton pâte mais au contraire, impressionne par son réalisme.

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© Ken Howard/MetropolitanOpera

Le deuxième acte se déroule dans le salon d’Hercule du Palais Farnèse mais le décorateur ( John Macfarlane ) et le metteur en scène ont choisi d’ajouter une fresque, inspirée par L’Enlèvement des Sabines de Tiepolo, sur le mur situé côté jardin. Enfin, le dernier acte prend place sur la terrasse du château Saint – Ange. Ainsi, ce sont des décors majestueux que nous a permis d’admirer le Met.

Mais la mise en scène convainc surtout par une direction d’acteurs travaillée. Les duos entre Tosca et Cavaradossi sont à ce titre particulièrement réussis. Les baisers et gestes tendres échangés entre les deux amoureux ont rendu crédible leur histoire d’amour. Sonya Yoncheva et Vittorio Grigolo, effectuant tous deux une prise de rôle, ont apporté leur jeunesse et leur énergie à cette mise en scène qui a donc choisi de mettre l’accent sur la jeunesse et l’ardeur des personnages principaux. Ainsi, les duos d’amour émeuvent, d’autant plus que les voix de la soprano et du ténor se mêlent harmonieusement ensemble. Il est rare de croire autant à l’histoire d’amour qui est représentée sur scène et à la vérité des personnages.

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© Ken Howard/MetropolitanOpera
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© Ken Howard/MetropolitanOpera

Mais la mise en scène de David McVicar ne nous apporte aucun éclairage différent sur l’œuvre, il ne nous la fait pas découvrir sous un angle différent, ce qui est d’autant plus regrettable que le livret comporte des thèmes qui sont très actuels. Il me semble que se serait dommage que le Met se réfugie dans un certain classicisme en occultant totalement de questionner les œuvres et de montrer en quoi elles peuvent traiter de nos interrogations contemporaines. Mais bon, elle est assez esthétique, et surtout, la direction d’acteurs est soignée et convaincante, ce qui est, pour moi, le principal.

Un Scarpia décevant

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© Ken Howard/MetropolitanOpera

J’ai été malheureusement déçue par le Scarpia de Željko Lučić que j’ai trouvé assez terne. A aucun moment, je n’ai perçu la perversité et la hargne du personnage. Tout est chanté sur le même ton, de manière indifférente, il n’y a aucune couleur. Željko Lučić ne propose aucune incarnation; à aucun moment, je ne l’ai trouvé crédible. Tout est lisse, son interprétation manque de feu, surtout au deuxième acte, alors qu’il se trouve face à Sonya Yoncheva, qui, elle, possède un fort tempérament dramatique. A mon humble avis, ce personnage ne lui convient pas, il est bien plus convaincant dans les rôles verdiens comme Rigoletto.

Au contraire, le ténor et la soprano ont fait preuve d’une énergie et d’une incarnation totales de leur personnages. Le public new-yorkais ne s’y trompe pas et applaudit les artistes dès leur entrée sur scène, honneur qu’il ne réserve qu’aux plus grands.

Le Cavaradossi idéal de Vittorio Grigolo

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© Ken Howard/MetropolitanOpera

Je saluerai d’abord le Cavaradossi idéal de Vittorio Grigolo. Le ténor italien incarne totalement ce héros passionné, idéal, engagé politiquement. L’artiste paraît au sommet de ses moyens : sa voix, immédiatement reconnaissable à son timbre ensoleillé, est magnifique. A aucun moment, il ne semble en difficulté mais chante son rôle avec une facilité déconcertante. De son « Recondita armonia » passionné à son « E lucevan le stelle » bouleversant, en passant par son « Vittoria ! Vittoria ! » héroïque, il impressionne durant la totalité de la représentation. Il propose une vision originale de son personnage, en mettant en avant sa jeunesse et sa spontanéité. L’un des moments forts de la soirée est « E lucevan le stelle », avec un diminuendo sur « le belle forme disciogliea dai veli » d’une beauté poignante. Il chante cet air avec la fougue désespérée de celui qui se sait condamné, ce qui émeut jusqu’aux larmes. On peut préférer à cette vision une incarnation plus intériorisée à la Kaufmann, plus mélancolique, ornée de nuances, mais la proposition de Grigolo est tout aussi émouvante. Ainsi, le ténor italien, en proposant une incarnation juvénile et passionnée de Cavaradossi, réussit avec brio sa prise de rôle.

La Tosca bouleversante de Sonya Yoncheva

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© Ken Howard/MetropolitanOpera

Après n’avoir pu assurer que la première de La Bohème à l’Opéra de Paris pour des raisons médicales, Sonya Yoncheva nous est revenue aux sommets de ses moyens. La soprano a totalement recouvré sa santé vocale, avec des aigus redevenus stables et surtout des graves opulents d’une grande sensualité. Nous retrouvons avec plaisir toutes les qualités habituelles de l’artiste : un timbre sublime, onctueux, et une voix toujours autant porteuse d’émotion. Elle montre toutes les facettes du personnages; se faisant tour à tour jalouse, sensuelle, malicieuse, pleine de rage et de fureur, et bouleversante au troisième acte. Mais surtout, la soprano impressionne par sa puissance vocale et son sens du drame. Le sommet de la soirée réside dans le second acte, où elle fait preuve d’un tempérament de feu, d’une tension constante, où elle paraît se transcender elle – même à chaque fois un peu plus tout au long de la confrontation avec Scarpia. Ses cris nous laissent ébahis devant une telle incandescence, il est rare de voir une telle fureur, une telle rage, lors du meurtre de Scarpia. Il faut la voir hurler ses « muori ».

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© Ken Howard/MetropolitanOpera
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© Ken Howard/MetropolitanOpera

L’interprétation de Sonya Yoncheva provoque un véritable impact émotionnel. Son « Vissi d’arte », qui est salué par de longs applaudissements, est extrêmement émouvant : j’ai retrouvé la mélancolie dans sa voix qui m’avait déjà bouleversée dans Don Carlos. Sonya Yoncheva fait partie de ces rares artistes qui transmettent une telle charge émotionnelle que, même quelques jours après sa prestation, on reste bouleversés, complètement secoués par une telle incarnation.

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© Ken Howard/MetropolitanOpera

La direction musicale d’Emmanuel Villaume convainc par son dynamisme, avec le choix de tempi vifs et contrastés. La clarté du son de l’orchestre du Met participe à l’émotion ressentie pendant le troisième acte. Mention spéciale pour les violoncelles.

Nous pourrons retrouver la soprano bulgare dans Tosca à l’Opéra de Paris l’année prochaine, le 1er et 5 juin, aux côtés d’un certain ténor allemand… https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/tosca

Quant à Vittorio Grigolo, ne le manquez pas dans Gianni Schicchi à l’Opéra Bastille : https://www.operadeparis.fr/saison-17-18/opera/lheure-espagnole

GIACOMO PUCCINI

Tosca

Samedi 27 janvier

Nouvelle production

Orchestre et Choeur du Met

Direction musicale :  Emmanuel Villaume

MISE EN SCÈNE : David McVicar

Décors et costumes : John Macfarlane

Lumières : David Finn

« Movement director » : Leah Hausman

DISTRIBUTION

Floria Tosca : Sonya Yoncheva

Mario Cavaradossi : Vittorio Grigolo

Scarpia : Željko Lučić

Le sacristain : Patrick Carfizzi

Publié par Romane Blondeau

Passionnée d'opéra depuis que j'entendis pour la première fois le prélude de Tristan und Isolde, j'ai créé ce blog pour partager toutes les émotions que l'opéra me procure.

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