Le Metropolitain opera ouvrait sa saison le 25 septembre dernier avec une nouvelle production très attendue de Norma puisque c’est Sondra Radvanovsky, considérée depuis quelques années comme étant la plus grande interprète actuelle de la prêtresse de l’ordre druidique, qui chante le rôle – titre. Le deuxième intérêt de cette nouvelle production est la prise de rôle de Joyce DiDonato en Adalgisa. Et cherry on top, l’un des meilleurs Pollione actuel, Joseph Calleja, complète cette distribution impressionnante. La représentation du 7 octobre était retransmise au cinéma. Il s’agissait du 100ème opéra diffusé dans le cadre de ces LIVE IN HD.

Mes attentes ne furent pas déçues, bien au contraire : c’est à une soirée d’exception que j’ai assistée ! Le trio principal atteint des sommets de beauté vocale et d’émotion. Pas un seul moment n’est moins réussi que les autres, la tension demeure du début à la fin de l’opéra : je ne suis sortie à aucun moment de l’extase que me procuraient les splendeurs vocales et l’engagement dramatique des chanteurs. Chaque moment a été extraordinaire.

Je commence à saluer les seconds rôles qui sont, comme toujours au MET, très bons : Adam Diegel en Flavio et Michelle Bradley en Clotilde.

Matthew Rose est un Oroveso remarquable. Sa belle voix de basse impressionne dans les passages vindicatifs et guerriers mais elle sait prendre des accents déchirants lors du final où le chanteur se montre très émouvant et révèle toute la tendresse qu’a le chef des druides pour sa fille.

Joseph Calleja est un Pollione idéal. Il a la puissance et la projection nécessaires au rôle du général romain mais surtout il sait parer son chant de nuances et son jeu de tendresse. Le ténor se montre à l’aise dans le registre aigu, nous offrant un contre – ut au premier acte, dans l’air  » Eran rapiti i sensi ». Sa voix est très belle, elle possède des couleurs qui confèrent à son Pollione de la séduction. De plus, le chanteur est charismatique.

S ET JOS
Sondra Radvanovsky et Joseph Calleja. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera

Joyce DiDonato effectue une prise de rôle très réussie. Sa voix de mezzo chaude, ronde convient parfaitement au personnage d’Adalgisa. Les notes aiguës ne sont pas en reste : elles semblent infinies et sont réalisées avec une délicatesse qui ne peut qu’émouvoir. De plus, l’artiste possède une sensibilité qui rend son Adalgisa bouleversante.

J
Joyce DiDonato. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera

La soprano Sondra Radvanovsky a fait de Norma son rôle fétiche. Ce rôle- là, elle l’a dans la peau. Quelle autre soprano qu’elle en Norma ? Quelle autre chanteuse peut avoir et la puissance et les moyens vocaux et la sensibilité nécessaires au rôle ? Elle est bouleversante. Elle commence d’entrée avec un  » Casta Diva » céleste et un « Ah bello a me ritorna » anthologique où elle montre toute son agilité vocale. La soprano a autant une aisance dans les notes aiguës que dans les graves; elle montre aussi bien la tendresse maternelle ( les scènes avec ses enfants sont magnifiques ) et la souffrance du personnage que sa folie vengeresse. Ses notes filées qui semblent infinies, ses pianissimi, m’ont donné l’impression de côtoyer les cieux. Surtout, sa Norma est d’une très grande humanité et sensibilité. Dans son appel à la guerre, elle est magnifique de fureur. Sondra Radvanovsky est, vous l’aurez compris, une immense Norma.

CASTA DIVA S
Sondra Radvanovsky pendant le Casta Diva. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera
GUERRA GUERRA NORMA
Sondra Radvanovsky. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera

Il faut souligner que ce qui a rendu cette soirée magnifique et magique, c’est que non seulement, chaque chanteur, pris isolément, est exceptionnel, mais également que leurs voix se marient harmonieusement nous offrant des ensembles extatiques. Les duos Norma – Adalgisa en furent partie, en particulier le fameux « Mira o Norma », mais également le trio final du premier acte où les voix de Sondra Radvanovsky, Joseph Calleja et de Joyce DiDonato n’en n’ont fait qu’une. On ne peut rêver meilleur trio. Il faut citer également le duo d’amour entre Pollione et Adalgisa où le charme de la voix de Joseph Calleja et la sensibilité de Joyce DiDonato ont fait merveille et nous ont séduits.

S ET J
Sondra Radvanovsky et Joyce DiDonato. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera
J ET JBIS
Joseph Calleja et Joyce DiDonato. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera

L’intensité dramatique atteint son paroxysme lors de la scène finale. Sondra Radvanovsky et Joseph Calleja, presque en transe, brûlent de passion. Là encore, je ne sais qu’admirer le plus : la splendeur vocale ou l’engagement dramatique.

FINAL S ET J
Sondra Radvanovsky et Joseph Calleja. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera
FINL
Sondra Radvanovsky lors de la scène finale. Crédit :  Ken Howard / Metropolitan Opera

Cette soirée n’aurait pu atteindre ces sommets sans la direction orchestrale énergique et dynamique de Carlo Rizzi. Les tempi choisis mettent en valeur le drame et la tragédie ( comme dans l’ouverture ou dans les appels à la guerre de Norma ) tout en conservant la poésie et le lyrisme de certains moments ( mention spéciale au harpiste français Emmanuel Ceysson ).

Malheureusement, la mise en scène s’avère décevante. Sir David McVicar ne propose, à mon sens, aucune lecture de Norma mais se contente d’illustrer placidement l’action. Deux décors alternent : une forêt très sombre seulement éclairée par des torches et une sorte de yourte – cabane circulaire en bois qui représente la demeure de Norma. Il ne nous épargne aucun cliché sur les druides : nous avons le droit aux fameuses peaux de bêtes, au menhir, aux cuirasses pour le romain Pollione… Les costumes ne sont vraiment pas seyants et il ne se passe pas grand chose. Le début du deuxième acte en est une parfaite illustration : Norma et Adalgisa passent leur temps à allumer et éteindre des bougies… Il y a quand même des moments réussis dans cette mise en scène : les forêts, les scènes de Norma avec ses enfants et le baiser final de Pollione et de Norma mais il est navrant qu’une nouvelle production ait l’air si vieille et poussiéreuse.

Ainsi, le Met ouvre en beauté sa saison 2017 – 2018. L’institution lyrique new – yorkaise montre qu’elle est toujours capable de réunir des distributions de très haut niveau composées des meilleurs chanteurs du monde. Surtout, c’est la sensibilité des chanteurs qui ont rendu cette Norma bouleversante.

Joyce
Joyce DiDonato aux saluts lors de la première. Crédit : Jonathan Tichler/Metropolitan Opera
Salut
Les artistes aux saluts de la première. Crédit : Jonathan Tichler/Metropolitan Opera
S SALUT
Sondra Radvanovsky aux saluts de la première. Crédit : Jonathan Tichler/Metropolitan Opera
TRIO SALUT
Le trio principal aux saluts de la première. Crédit : Jonathan Tichler/Metropolitan Opera

VINCENZO BELLINI
Norma

Opera in two acts
Libretto by Felice Romani, based on the
verse tragedy by Alexandre Soumet
Saturday, October 7, 2017
New Production

conductor
Carlo Rizzi
production
Sir David McVicar
set designer
Robert Jones
costume designer
Moritz Junge
lighting designer
Paule Constable
movement director
Leah Hausman

order of vocal appearance
Oroveso, chief of the sicambri and father of norma
Matthew Rose
Pollione, roman proconsul in gaul
Joseph Calleja
Flavio, a centurion
Adam Diegel
Norma, high priestess of the druids
Sondra Radvanovsky
adalgisa, a novice priestess
Joyce DiDonato
clotilde, nursemaid to norma’s children
Michelle Bradley
norma’s children
Christopher Reynolds
John Reynolds

MET OPERA, New York

Publié par Romane Blondeau

Passionnée d'opéra depuis que j'entendis pour la première fois le prélude de Tristan und Isolde, j'ai créé ce blog pour partager toutes les émotions que l'opéra me procure.

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